Dépasser la tentation du silence
La peur de l'inconnu, le sentiment d'impuissance, rien que de très humain... Geneviève Jurgensen, journaliste, porte-parole de la Ligue contre la violence routière, un mouvement qu'elle a fondé, a perdu ses deux fillettes dans un accident de la route en 1980. Elle aussi a connu ces réactions déconcertantes. « Je n'en ai jamais voulu à ceux qui n'ont pas su trouver les mots, je les comprenais. Quelqu'un qui a faim à côté de vous, vous lui donnez à manger. Mais quelqu'un qui a perdu ses deux seuls enfants, que voulez-vous lui dire ? Vous êtes tétanisé par le mystère que représente un malheur d'une telle ampleur, effrayé par l'arbitraire de la situation. Moi-même à leur place, aurais-je fait mieux ? » s'interroge-t-elle.
Nous n'avons donc pas à nous sentir coupables de nos hésitations face à ceux qui sont en deuil... mais cela ne doit pas nous empêcher de réagir pour dépasser ces atermoiements. Car ceux qui viennent de perdre un enfant, un frère, une s½ur, un conjoint, un père, une mère, ont immensément besoin de nous. « On ne peut pas être à la fois si malheureux et seul », insiste Geneviève Jurgensen. Et Christophe Fauré, psychiatre, de renchérir : « Rien n'est plus violent pour celui qui vit la mort d'un proche que d'être privé de paroles. Ce qui aide dans un deuil, c'est le fait de percevoir autour de soi un réseau de soutien de qualité. C'est-à-dire des proches capables d'être présents, capables d'entendre sa souffrance. L'isolement rend le processus de deuil encore plus difficile, c'est un fait connu. »
Article Le pélerin Magazine .....